Tired woman with tea in kitchen

Allo Maman, dodo !

Ce matin, j’avais déjà bu 3/4 de ma tasse lorsque j’ai réalisé que je n’avais pas mis de sachet de thé dans l’eau chaude. Je me suis bu 27 cl d’eau chaude ! Sans me rendre compte que ce n’était que de l’eau chaude. C’est bon pour la santé (le transit ?), me direz-vous… Ce qui m’embête, c’est que, considérant que je bois une gorgée en 30 secondes, avec une pause de 30 secondes entre chaque gorgée, considérant qu’une gorgée fait 15 ml, que ma tasse a une contenance de 36 cl (je sais, c’est filou, il faut convertir!), j’ai siroté pendant presque 20 minutes mon eau chaude avant de me dire « tiens, ce thé est un peu fade. Il n’est pas bon. Faut que je regarde quel sachet de thé c’était pour ne pas en racheter… Ah ? Mais à propos de sachet de thé… » (et, même pas immédiatement : « tiens, je bois de l’eau chaude »!) (si jamais un patron potentiel passait par là, après cet aveu, je n’ai plus aucune chance d’être embauchée ! Hum…)

Bon, ben, voilà, je suis épuisée, à la ramasse, aux abonnés absents, à ramasser à la petite cuillère, sur pilote automatique, au radar… Oui, je sais, on est en vacances. Mais les vacances, c’est souvent plus fatigant que le reste de l’année par le simple fait mathématique que l’on doit s’occuper des enfants plus, et plus longtemps.

Je suis épuisée mais je ne vous parle pas de l’épuisement maternel (j’aurais plus envie de vous parler de l’épuisement paternel, d’ailleurs… un jour…). Je vous parle de la fatigue dans le sens premier et concret de « manque de sommeil ». Je rêve d’une nuit de sommeil non morcelée, dans mon propre lit, avec mon mari à côté de moi à la rigueur, mais à une distance raisonnable, ou bien même sans mon mari. Je peux me réveiller à minuit, à 3h00, à 7h00 ou à 9h00 – comme miraculeusement l’autre jour – avec la même sensation de venir de me coucher. Je suis tellement sur pilote automatique au réveil que l’autre nuit, alors que mon aînée ne parvenait pas à se rendormir d’un cauchemar (« maman, je ne veux plus dormiiiiiiirrrrrrrrrr, je veeeeuux me leveeeer »), j’étais prête à abdiquer et à aller préparer nos petits déjeuners, avant que je ne regarde l’horloge et constate qu’il était en fait 2h du matin…

Parce que, c’est ça le nœud du problème. Les cauchemars, les terreurs nocturnes, les angoisses de séparation à l’endormissement.

J’ai la chance d’avoir eu deux nouveaux nés en or qui, à deux mois, ont fait leurs nuits. Alors, je ne peux pas trop me plaindre de cette période post-accouchement, épouvantable pour certaines, je veux bien le croire, avec les nombreux réveils nocturnes pour les biberons/tétées. Même si j’ai eu quelques nuits de grand délice où je me sentais revivre, quand elles ont fait leur nuit, boostée par les hormones, je n’ai pas trop mal vécu les nuits des premiers temps. J’ai même une petite nostalgie de ces moments privilégiés avec le bébé, hors du temps, coupés du monde.

Non, je ne veux pas parler ici de ces premières nuits, courtes et morcelées. Je veux parler de ce qui vient ensuite. Et de ce qui me semble aujourd’hui sans fin.

Mon aînée a commencé à avoir des problèmes de sommeil à 9 mois. Cela a correspondu à nos premières vacances à trois, première fois où nous couchions notre bébé dans une autre maison que notre foyer banlieusard. Nouvel environnement, nouveau lit… Elle pleurait dès qu’on la déposait dans son lit-parapluie, même si elle montrait tous les signes de fatigue homologués. Et dès qu’elle nous voyait nous éloigner, elle hurlait de plus belle. Si bien que nous avons commencé à rester à côté d’elle afin qu’elle s’endorme. Cela pouvait durer de 15 à 45 minutes. Il fallait ensuite que nous nous extirpions de la chambre sans faire le moindre bruit ; nous sortions à reculons, développant nos compétences de gymnaste olympique pour ne pas faire craquer le parquet, grincer la porte, etc. Cela a duré les deux mois qu’avaient duré les vacances cette année. Nous espérions que, de retour dans son lit, elle serait rassurée et perdrait cette mauvaise habitude. Ce fut à peu près le cas. Après une petite semaine de réadaptation, les choses étaient rentrées dans l’ordre. Si bien que, pour son premier anniversaire, j’aurais pu dire que ces problèmes de sommeil étaient derrière nous.

Le répit a duré quelques mois. Quand elle a eu 15 mois, nous avons découvert : les terreurs nocturnes. Tadahhhhh ! Pour ceux qui ne connaissent pas, vous avez vu « l’Exorciste » ? Et ben, c’est ça.

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La première fois que vous assistez à ça, vous êtes forcément pétrifié de terreur, vous vient forcément à l’idée que votre enfant est tout simplement fou. Pétrifié de terreur et désarmé d’impuissance. Vous, qui jusqu’à présent étiez tout pour votre enfant, aviez la solution à tous ses problèmes, étiez les bras qui le consolaient, qui le soignaient, vous devenez en quelques secondes l’ennemi nocturne de votre bébé. Elle ne vous reconnaît pas, vous repousse ; si vous essayez de la prendre dans les bras, elle se met à hurler encore plus fort, se débat de plus belle. Vous la retrouvez au milieu de sa chambre ou dans son lit, face au mur, ne sachant apparemment pas où elle se trouve. Elle se met à hurler, à se rouler par terre, à se jeter la tête en arrière, à vous taper, à jeter tout ce qui lui passe par la main, à cracher, à baver, elle essaye de grimper au mur…

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Le lendemain, on se précipite chez la pédiatre. Elle nous explique : c’est un peu comme le somnambulisme, l’enfant est en fait endormi, ne vous voit pas forcément et ne se rend pas compte de ce qu’il fait, d’où il se trouve, de qui vous êtes… Cela ne veut pas dire qu’il sera somnambule adulte. Cela correspond souvent à des périodes de développement intense de l’enfant (la marche, la parole, la propreté, la sociabilisation…) ; cela va et vient au gré de ses périodes. Elle nous rassure : l’enfant ne se souvient pas de ces crises, n’en est pas traumatisé ou n’en gardera pas de séquelles et ne risque rien (à part se blesser en s’agitant de la sorte). Cela devrait se calmer en même temps que l’étape de développement correspondante sera passée. Elle nous console : elle-même, la première fois que sa fille lui avait fait une terreur nocturne, elle n’avait pas compris ce qui se passait, alors qu’elle l’avait bien étudié en l’école de médecine.

Notre aînée nous a fait ça régulièrement, très régulièrement, parfois toutes les nuits pendant une quinzaine de jours d’affilée, parfois plusieurs fois par nuit, de ses quinze mois jusque vers ses deux ans. La marche, la parole, la crèche, les dents, des otites à répétition, des bronchites asthmatiformes, une immobilisation de 3 semaines à cause d’une entorse à la cheville, bref, ça n’en finissait pas. En plus des terreurs nocturnes, elle se réveillait régulièrement en pleurs et nous avons pris l’habitude de la prendre dans notre lit. Épuisés nous-mêmes, nous avions préféré tous dormir, au prix d’une erreur éducative qualifiée.

Après ses deux ans, ce sont les cauchemars qui ont pris le relais. Et l’angoisse de séparation au moment du coucher est revenue puissance dix. Chronologiquement, elle venait de deviner que j’étais enceinte de sa sœur, dès les premières semaines de cette deuxième grossesse. Un gros chamboulement pour elle, assurément.

Voilà comment se passaient alors les nuits : je devais rester à côté d’elle pour qu’elle s’endorme pendant 40 minutes en moyenne, parfois jusqu’à 1h30, je sortais donc de sa chambre vers 21h- 21h30. Je me couchais vers 23h, premier réveil vers minuit puis encore deux ou trois fois jusqu’à 6h30-7h, heure de son réveil. À chaque réveil, il fallait que je reste à côté d’elle pour qu’elle se rendorme. Parfois, cela prenait une heure. Parfois, je m’endormais avant elle. Par terre. Enceinte. J’entends poindre les critiques. Je vous rassure : nous n’avons pas passé toute la grossesse les bras croisés à céder à ce que certains appelleront un caprice, sans essayer de trouver des solutions. Nous avons consulté psy, pédiatres, pmi. Des amis bien intentionnés nous avaient même conseillé de la laisser se coucher à l’heure qu’elle voulait, 23 heures s’il le fallait, la méthode ayant fonctionné avec leur propre fils. Un psy nous avait recommandé de l’enfermer dans sa chambre. Je n’ai essayé ni l’une ni l’autre méthode, mais, sinon, je crois qu’on a tout essayé. L’autoritarisme, les câlins rassurants, les rituels, la discussion, la relaxation… Si on en revenait toujours à la solution de l’accompagner dans son sommeil, peu importe le temps que cela prenait, c’est parce que c’était la seule solution sereine qui fonctionnait : notre petite fille finissait par s’endormir, apaisée. Et c’était tout ce qui nous importait. On a pensé que le temps de la grossesse lui semblait long et l’échéance abstraite et que cela allait s’arrêter à la naissance de notre deuxième, que ses angoisses se calmeraient lorsque le bébé serait là. Et finalement, ça s’est calmé quelques semaines avant la naissance. Grâce à tout un rituel que nous avions élaboré ensemble, avec notre fille, mêlant un peu toutes les solutions que nous avions tentées, ne retenant que celles qui avaient porté leurs fruits. Tout d’abord, laver les dents, faire pipi, les livres, les bisous, les câlins : tout devait se faire dans un certain ordre, à respecter absolument. Un livre Papa, un livre Maman, dans cet ordre. 3 bisous, 3 câlins. Et puis, elle a intégré dans ce rituel des petits exercices de relaxation que j’avais tentés avec elle : Papa fait un petit massage du front, Maman fait un petit massage des jambes. Puis, Papa sort de la chambre et je reste avec elle pour faire deux exercices de sophrologie. En premier, « on sert tout très fort » : demandez à votre enfant de s’allonger complètement, jambes et bras dépliés, tout mous, détendus. Faites l’exercice en même temps que lui en respirant fort pour qu’il comprenne l’inspiration et l’expiration et se laisse bercer par le rythme de cette respiration. Sur une inspiration, dites à votre enfant de se recroqueviller, de serrer très forts les poings, de plier les bras, les jambes, de faire la grimace. Sur l’expiration, relâchez tout bruyamment (pour qu’il comprenne la dynamique), dites à votre enfant de faire retomber bras et jambes lourdement sur son matelas. Nous répétons tout le cycle trois fois de suite.

Ensuite, nous faisons un exercice de relaxation, classique : scanner l’ensemble du corps pour détendre petit à petit chaque partie, chaque membre de celui-ci. C’est en plus l’occasion d’apprendre à votre enfant son anatomie. Ma fille était ravie de rajouter les hanches, les poignets, les tempes, par exemple, quand elle a su ce que c’était. Prenez une voix douce, calme, un rythme régulier, plutôt lent, pour bercer votre enfant. N’hésitez pas à ponctuer votre litanie de pauses silencieuses. Je vous retranscris ce que je lui dis pour que vous vous en inspiriez si vous le souhaitez.

« Tu t’allonges bien confortablement dans ton petit lit, les bras et les jambes bien allongés, tu ne bouges plus, tu ne parles plus, tu ne penses à rien, tu es tranquille. Et tu sens que la détente arrive dans ton corps en passant par la tête, le front, les sourcils, les yeux, les oreilles, les tempes, les joues, le nez, la bouche et le menton. Tu sens que ta tête est toute lourde, elle s’enfonce bien confortablement dans ton oreiller. Et en même temps, curieusement, elle est toute légère. Et puis, la détente continue de descendre dans ton corps en passant par le cou et la nuque, les épaules, le bras droit, le bras gauche, la main droite, la main gauche. Tous les petits doigts de la main droite et tous les petits doigts de la main gauche sont tout détendus, relâchés, tranquilles, relax. Et puis la détente passe par la poitrine et le haut du dos ; le ventre et le bas du dos ; les fesses, la zézette sont tout détendus, relâchés, tranquilles, relax. La détente continue de descendre en passant par les hanches, le bassin, la jambe droite, la jambe gauche, les cuisses, les genoux, les mollets, les chevilles, le pied droit, le pied gauche, tous les petits doigts du pied droit et tous les petits doigts du pied gauche sont tout détendus, relâchés, tranquilles, relax. Ainsi tout ton corps est détendu, du haut de la tête jusqu’aux orteils, en passant par le ventre, les bras, les jambes, tout ton corps est détendu. Tu es installée bien confortablement dans ton petit lit, tout ton corps est détendu, relâché, tranquille, relax, prêt à faire un bon gros dodo. »

Elle s’endormait plus rapidement avec ce rituel que nous avions petit à petit mis en place. Et c’est ainsi que, quelques semaines avant la naissance, j’ai pu sortir de la chambre immédiatement après la relaxation. Elle s’endormait ensuite facilement, toute seule.

Quand on s’est rapproché de la date fatidique, j’avais quelques inquiétudes pour les 3 jours où je serai à la maternité. Elle n’acceptait pas que son père fasse la relaxation à ma place. J’avais alors enregistré une séance pour qu’il puisse éventuellement lui faire écouter. Mais cela n’a finalement pas été nécessaire. Il restait à côté d’elle jusqu’à ce qu’elle s’endorme mais elle arrivait à s’endormir rapidement. Quand je suis revenue à la maison avec sa sœur, miracle, elle s’est mise à s’endormir toute seule, sans même réclamer la relaxation.

C’est au moment de la rentrée scolaire (première pour elle), après un mois de vacances, que les problèmes sont revenus. Angoisse de l’endormissement pouvant aller jusqu’à la crise de nerfs, cauchemars en série et même come back des terreurs nocturnes. Nous n’en sommes toujours pas vraiment sortis, 7 mois plus tard, même si on a dégainé immédiatement notre rituel miracle, qu’on a même couché noir sur blanc (noir sur rose en l’occurrence). Et là-dessus, la petite a commencé à nous faire des siennes. Petite amélioration notable : après avoir recommencé la valse de l’accompagnement à l’endormissement (le cauchemar de l’enfermement pour moi) pendant 1h à 1h30 chaque soir, au bout de quelques mois, nous avons fini par imposer à notre fille de rester toute seule dans sa chambre pour s’endormir. Nous avions fait plusieurs tentatives infructueuses précédemment mais, je ne sais pas à quoi cela tient (la conviction des parents?), cette fois-ci a été la bonne. Nous avons annoncé à notre fille que, dans trois jours, maman ne resterait plus à côté d’elle pour qu’elle s’endorme. Et nous l’avons fait. Et ça a fonctionné pendant quelques temps. Elle s’endormait toute seule, sans faire trop d’histoires (un verre d’eau, un pipi, un bisou, les prétextes de rigueur). Mais ça ne fonctionne plus.

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Voilà mes soirées et mes nuits actuellement : on couche la grande vers 20h- 20h30 et elle fait le bazar jusque 21h30-22h. Le bazar, ça veut dire qu’à peine la porte de sa chambre refermée, elle me rappelle. À peine mes fesses posées sur le canapé, elle me rappelle. À peine la première bouchée de mon dîner avalée, elle me rappelle. Trop chaud, trop froid, soif, pipi, lumière, pas de lumière, porte ouverte, porte fermée, gros chagrins, questions existentielles, peur du monstre… tout y passe. Je me couche vers 23h, excédée par cette soirée gâchée et tendue par l’échec répété de ces couchers compliqués. Ensuite, entre minuit et 4h du matin, je suis réveillée au moins deux fois par ses cauchemars et/ ou terreurs nocturnes. Je dois alors rester à côté d’elle pour qu’elle se rendorme et il n’est pas rare que je m’endorme par terre avant elle. Lorsque j’ai enfin pu réintégrer mon lit, c’est alors que la petite commence à chouiner. Elle ne se réveille pas complètement mais ne se rendort pas complètement non plus : il faut que je lui remette sa tétine, que je la berce toutes les 15-30 minutes de 4h15 à 6h15. À 6h15, je la prends dans mon lit pour la faire patienter encore une demi heure. Alors qu’elle est passée à 4 biberons très vite, vers 3 mois, et qu’elle a fait ses nuits dès ses 2 mois, je me demande aujourd’hui si je ne devrais pas lui rajouter un biberon à 4 heures du matin…

Vous comprenez pourquoi je bois de l’eau chaude à l’eau chaude le matin sans m’en rendre compte ?

Allez, plus qu’une quinzaine d’années et vive les grasses matinées retrouvées !

Et bon courage à tous les parents qui vivent les même nuits que moi, je sais qu’ils sont nombreux !

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