copyright : Wilfried Antoine Desveaux

Wilfried, Elsa, Juliette (7 ans) et Anita (4 ans)

Cette semaine, on met les papas à l’honneur. C’est Wilfried qui me fait l’amitié de lancer le mouvement – j’espère bien qu’il y aura par la suite tout plein d’autres papas qui se confieront !

J’ai rencontré Wilfried alors que nous cherchions un photographe pour notre mariage. Au-delà de son travail, c’est le mec qui nous a plu et on l’a choisi pour nous suivre dans cette journée si particulière. On ne l’a pas regretté ; il nous a fait des photos formidables ! Et en plus, je crois que je peux dire qu’on a gagné un pote.

Papa de Juliette, 7 ans, et Anita, 4 ans, marié avec Elsa, Wilfried, en plus d’être photographe corporate, photographe artistique et photographe lifestyle est formateur, rédacteur, youtubeur et démonstrateur dans l’univers de la photo. Comment s’en sort-il pour jongler avec toutes ces casquettes ? Ça nous intéresse !

Où vis-tu ?

Je vis à Châtillon, dans les Hauts-de-Seine, en banlieue parisienne. Comme beaucoup de jeunes couples, on a dû se résoudre à quitter Paris lorsque nous avons eu notre deuxième fille. Nous partageons une maison avec une autre famille (chacun son étage) à 10 minutes du métro ligne 13. C’est bien pratique : on bénéficie d’un loyer décent par rapport aux loyers parisiens et du confort de la banlieue (plus d’espace, jardin…) mais aussi de l’hyper proximité avec Paris, indispensable pour le boulot, notamment.

Comment se passent les journées d’école d’Anita et de Juliette ? Font-elle « la totale » : cantine - temps périscolaire – centre de loisirs ? Devez-vous faire appel à une nounou pour les sorties d’école ?

Mes filles vont à l’école, publique, en petite section de maternelle pour la plus jeune et en CP pour la grande. Elles font de longues journées, la « totale », comme tu dis, oui : cantine, NAP*, centre de loisirs pour la petite et étude pour la grande, sauf le mercredi. On vient les chercher à 18h en général, mais dès qu’on le peut, on essaie de les récupérer plus tôt, vers 16h30-17h. Pas de nounou, travaillant en indépendants tous les deux, nous avons une certaine maîtrise de nos emplois du temps, on en profite. Si jamais nous avons des impondérables tous les deux, les parents de ma femme nous relayent et récupèrent les filles. Une nounou serait hors budget pour nous.

[* à Châtillon, on parle de Nouvelles Activités Périscolaires, plutôt que de Temps d’Activités Périscolaires.]

Chez vous, comment se passe la mise en place du temps périscolaire ? Quelle est ton impression de ces NAP ? Les filles en profitent-t-elles ?

C’est quotidien, 45 minutes par jour. C’est peu efficace car c’est impossible de mettre en place une activité dans un laps de temps si court. Je crois que l’équipe municipale s’en rend compte et qu’ils sont en train de bifurquer vers 2 NAP hebdo de 1h30. Est-ce qu’elles aiment ? Possible, mais, tu sais, les enfants n’aiment pas trop parler de l’école, c’est un peu leur jardin secret. On essaie de les faire parler en douceur et en détournant les questions (on leur demande leurs moments préférés de la journée, par exemple). De toute façon, le temps scolaire est trop long, trop fatiguant, les enfants sont tous exténués par ces journées interminables.

As-tu pu/voulu aménager ton temps de travail depuis que tu es papa ? Comment ? Pourquoi ?

Là encore, le fait de travailler en indépendant est un avantage, de ce point de vue, du moins. Mes temps de travail, de loisir, de père, tout est mêlé ; je n’ai donc pas eu besoin d’adapter mon temps de travail, je suis libre de mon planning. Je peux, par exemple, consacrer à mes filles un mercredi après-midi par mois. Ma femme et mes beaux-parents les prennent chacun leur tour les 3 autres mercredis du mois. Mais en même temps, c’est parfois difficile de bien travailler, étant donné que ces frontières de timing sont plus floues que pour un papa salarié.

Que fais-tu avec tes filles le mercredi après-midi ? Font-elles des activités extra-scolaires ?

Juliette fait de l’Aïkido depuis cette année, elle adore et c’est une pratique que je conseille à tous les enfants. Avant la réforme, il y a deux ans, elle faisait de la danse le mercredi matin. Anita commence l’école et elle est déjà bien fatiguée ; on préfère la préserver un peu, donc pas d’activité pour elle cette année. Le mercredi, on en profite pour être ensemble, aller au ciné, souffler ou jouer. Et surtout, on les laisse jouer ensemble, ou s’ennuyer, c’est important pour l’imagination.

Pour les vacances scolaires, comment t’organises-tu ? Centre de loisirs ? Grands-parents ?

Pour les vacances, on jongle entre les grands-parents et nos plannings respectifs à ma femme et à moi. Le centre de loisirs pendant les vacances, on évite : je trouve que les filles sont déjà ultra fatiguées. La collectivité est une chose très appréciable, indispensable même quant à la socialisation et au développement des enfants, mais elle n’offre malheureusement pas un rythme très adapté aux besoins personnels des petits.

Le matin, qui dépose les filles et à quelle heure ? Qui va les chercher le soir et à quelle heure ?

On dépose les filles le matin, à tour de rôle, selon nos plannings de boulot, à 8h50/9h. Je vais les chercher en général 2 à 3 fois par semaine, ma femme 2 fois par semaine, entre 16h30 et 18h selon le boulot, aussi. Et donc, on se relaye avec ma femme et mes beaux-parents pour les récupérer le mercredi à midi.

Qui prépare les enfants le matin ? Ta femme, toi ? Le soir, comment se passe la séquence devoirs/bain/dîner ?

Le matin, on prépare les enfants ensemble, mais ma femme se lève 10 minutes plus tôt que moi pour préparer le petit dej’. Je suis un couche-tard, d’autant plus que je suis très efficace pour travailler mes images la nuit, une fois tout le monde au lit. Le moment du lever, c’est donc dur pour moi !

Les devoirs sont faits à l’étude en général, mais le parent qui récupère les filles vérifie, complète si besoin ou s’en charge si on a pu les récupérer avant l’étude. Le CP, ça va encore côté devoirs, il n’y en a pas trop.

Si c’est moi qui récupère les filles, cela veut dire que ma femme rentre à 20 h : donc je prépare le repas, mais pas de gaité de cœur ! J’adore manger mais cuisiner, c’est la plaie ! J’essaie de faire des repas équilibrés, mais, à mon grand désarroi, Juliette préfère les légumes de la cantine ! Dingue, non ? Pas ou peu de viande le soir. Sinon, j’essaie de varier le menu d’un jour à l’autre.

Le bain, c’est un soir sur deux, on a ralenti la cadence. Avant, on les douchait tous les soirs mais, au final, c’est épuisant pour tout le monde et les enfants n’en ont pas besoin.

Où travailles-tu par rapport à la maison/école ? Comment se passent les trajets maison –école – bureau ? Combien de temps cela te prend-il ?

Mon bureau est à la maison, mais mon travail s’étend de chez moi aux lieux de mes prises de vues, ou bien chez mes clients, en général sur Paris, entre le 2eme et le 17eme.

Je prends les transports en commun le plus souvent possible, la voiture si j’ai besoin de transporter du matériel photo de studio, et le vélo dès que le printemps revient – je suis un frileux. Quand je travaille à Paris et que c’est mon tour d’aller chercher les filles, il faut compter le temps de trajet pour arriver à la sortie de l’école à l’heure.

Que ressens-tu face à cette organisation à la fois pour la semaine et pour les vacances ? Est-ce que ça te convient ? Est-ce que c’est compliqué ?

L’organisation n’est pas toujours évidente, car nos boulots ne sont pas linéaires : on doit s’adapter tout le temps. Mais ce mode de vie nous convient.

Comment fais-tu pour les courses, le ménage, le repassage ? Comment se passe la répartition des tâches avec Elsa ?

Les courses, c’est plutôt ma femme qui les fait ; je suis un mec, j’ai plus tendance à vider un frigo qu’à le remplir ! Mais j’y vais parfois. Par contre, le rangement, le ménage, la vaisselle, c’est pour moi : je suis un « rangeur » fou, je ne suis pas loin de mettre les gens dans des tiroirs parfois ! On peut dire que les tâches sont réparties, mais bon, on ne calcule pas, bien que chacun ait toujours l’impression d’en faire plus que l’autre !

Te sens-tu débordé ? Aidé ? Épanoui ? Trouves-tu un équilibre boulot/vie privée/vie familiale ?

Je ne me sens pas débordé, en général, sauf en période de gros rush. Aidé, oui, surtout par les parents de ma femme, et puis un peu par nos voisins, avec qui on partage la maison. Ils ont 2 enfants de 6 et 8 ans : c’est ultra pratique pour nos deux familles. On peut se les garder mutuellement, les enfants jouent ensemble, etc.

Épanoui, c’est un grand mot ! Cela dépend des moments. Quand j’ai du boulot, des commandes, je le suis, oui ; sinon, en effet, le rôle de papa devient prédominant et cela ne suffit pas à me combler, c’est sûr.

Parviens-tu à passer du temps avec tes copains ou en amoureux avec ta femme ?

Ah ! Le temps, c’est le nerf de la guerre ! J’ai peu de temps pour les amis. Ça me manque beaucoup, c’est lié à tous les facteurs de la vie. Habiter en banlieue, ça éloigne des coins cools de Paname. Être parent, ça isole aussi : tous mes potes deviennent pères ou le sont déjà, ils ont donc peu de temps aussi. Mon boulot fait que je suis plus dispo la journée : mais qui est libre le jour ? Quant au temps avec ma femme, il est quasi nul, à l’exception de la vie avec nos filles. Et ça, c’est un vrai manque.

Pendant ce temps, à qui confies-tu ton/tes enfant(s) ?

Si l’un sort, l’autre garde les filles. Si l’on sort ensemble, c’est rare, alors on demande à la famille de garder les filles. On ne les fait pas trop garder pour sortir le week-end, car la famille nous aide déjà beaucoup, on ne veut pas tirer sur la corde. Anita a presque 4 ans mais ses nuits sont encore dures, et ça épuise les grands-parents. Quant aux nounous, on n’est pas contre, mais pour une soirée, il faut compter 40/50€ de budget supplémentaire et, travaillant en indépendants ma femme et moi, c’est rude aujourd’hui !

Le fait de devenir père a-t-il eu des répercussions sur ta carrière ? Lesquelles ?

Oui, sûrement, mais c’est difficile de dire exactement en quoi, car avant de devenir pro, je n’étais pas père. On ne peut pas comparer ma carrière avant et après. Mais disons que, sans enfant, j’aurais une bien plus grande souplesse pour travailler, avec un timing moins serré, car être devant l’école à 18 h implique que tu arrêtes ton activité au moins 1 h avant. Et puis, bien sûr, sans enfant, tu n’as pas besoin d’une grande voiture, d’un grand appart’ et tu as plus de budget pour investir dans du matériel photo ou louer un espace de travail, et voyager, (ce qui est particulièrement important dans ma profession).

S’il y en a eu, quelles répercussions cela a-t-il eu sur ta vie personnelle ?

Oui, comme je te disais, les répercussions sont d’ordre relationnel, principalement. On voit moins ses amis, on sort moins, on voyage moins : ça, je t’avoue que je ne le vis pas bien, malgré les années et l’habitude. Mais être père, c’est aussi des sensations, des sentiments, des moments magiques, qu’un non-parent ne peut imaginer.

S’il y en a eu, quelles répercussions cela a-t-il eu sur ta vie amoureuse ?

La vie amoureuse, oui, elle en prend un bon coup derrière la tête. Mais les filles grandissent, alors, on a l’espoir de se retrouver plus, et plus souvent.

Si tu le pouvais, qu’est-ce que tu changerais dans ta vie et/ou dans la société, pour être plus épanoui ?

Dans la société, pas évident à dire, disons que nous manquons de places en crèche, gravement. Notre ainée, nous avons dû la garder à la maison à tour de rôle jusqu’à ses 16 mois. Cela a été génial souvent, mais nos carrières en ont souffert. Et comme on gardait notre fille, on nous disait que nous n’étions plus prioritaires pour la crèche ! Les pouvoirs publics marchent sur la tête parfois. Sinon, dans ma vie, je crois que j’aurais encore plus voyagé avant d’être père.

As-tu un conseil, une petite astuce de super dad à nous confier ?

Je ne sais pas si c’est une astuce, un conseil, mais c’est ma façon d’être : je joue beaucoup avec elles, je leur parle beaucoup, je n’essaie pas de « jouer » au rôle de père. Je ne sais pas si c’est clair, mais je veux dire qu’il faut rester soi-même avec ses enfants, pas rentrer dans la peau d’un père, adopter ce qu’on croit être le comportement du « bon père de famille », mais être un père, fidèle à l’homme que l’on est.

Voilà des journées bien remplies pour ce papa photographe ! Big up spécial à sa dulcinée, qui se lève plus tôt pour préparer le petit dej’ de toute la famille : c’est à ces petites attentions qu’on reconnaît la maman poule et la femme amoureuse !

Et, bonne nouvelle ! Si, on peut concilier vie de parents et envies de voyage. On en rêve, eux l’ont fait : ils ont traversé l’Europe dans un van vintage avec leur bébé de 9 mois !

copyright : Johan Van Zutphen

copyright : Johan Van Zutphen

Toutes les photos de leur voyage sont publiées par le papa, Johan Van Zutphen, sur le site boredpanda.com.

Et sinon, Wilfried, pour se prouver qu’il y a une autre vie que celle de parents, je te propose : on te garde les filles le week-end prochain et vous nous gardez les nôtres le suivant ? Misons sur les relations de bon voisinage ! C’est, en tous cas, ce que met en place le site parents près de chez vous.

Et si vous ne savez pas quoi faire, je planchais sur la question l’année dernière ; voilà quelques idées pour un petit week-end parisien en amoureux

copyright : Wilfried Antoine Desveaux

copyright : Wilfried Antoine Desveaux

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>