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13h30, mardi, toujours en pyjama

Hier, j’ai profité de la session de repassage pour visionner un film que j’avais raté à sa sortie (je travaille à l’élaboration d’une méthode « joindre l’utile à l’agréable histoire de ne pas sombrer dans le burn out » : par exemple, vous mater une bonne petite série pendant le repassage ou laisser poser des masques pour la peau en même temps que vous passez l’aspirateur, etc.) Le titre du film m’a immédiatement interpelée : « La Vie Domestique ». Déjà à sa sortie, je m’étais sentie concernée puisque ça faisait un an que j’étais bloquée à la maison avec Bébé, faute de place en crèche. Mais à l’époque, croulant sous les couches et les biberons, il n’était pas question d’aller au cinéma, au grand dam de l’Homme des Cavernes.

Comme son titre semble l’indiquer, ce film dépeint la vie de 4 mères au foyer, voisines habitant dans une banlieue pavillonnaire, sortes de desperate housewives de Seine-et-Marne.

Cette banlieue est arborée, les maisons sont grandes, belles et avec jardin, le mobilier est de design scandinave ou anglais, les femmes au foyer sont bien habillées et leur intérieur propre et bien rangé.

Ma banlieue s’étend en hauteur et en béton, mon appartement a vue sur un parking (bon, et accessoirement, avec en toile de fond un panorama allant de la Défense au Sacré Cœur en passant par la Tour Eiffel), mon mobilier est de bric et de broc, vous savez que j’ai adopté le look jean-baskets (tant que ce n’est pas jogging-baskets!) et on dirait qu’un éléphant échappé de sa savane est passé dans mon salon…

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Et pourtant, je me suis reconnue dans ces personnages de mères. Évidemment, le personnage principal, joué par Emmanuelle Devos qui, après avoir élevé ses enfants, espère reprendre une carrière qui fut brillante, me parle tout particulièrement. Mais on peut retrouver un peu de soi dans chacune : Helena Noguerra, la bimbo blasée, dépassée par son petit garçon infernal, angoissée par sa routine quotidienne ; Julie Ferrier qui remplit le vide de sa vie en soignant la déco de son salon ; et Natacha Régnier qui pense pouvoir reprendre le boulot sereinement après la naissance de son troisième bébé alors que ses deux aînées l’ont déjà épuisée. Je pense que nous en avons toutes pour notre grade dans ces personnages de femmes qui se démènent avec leurs espérances, leurs désillusions et leurs angoisses. Quand, assises sur un banc au jardin,  Helena Noguerra discutant avec Emmanuelle Devos, tout en surveillant les enfants qui jouent sur l’aire de jeux, lance : « Je ne sais pas si ça vous fait ça à vous, mais moi, cette heure-là, ça me noue l’estomac. », je repense à mes propres sorties au parc.

Bien qu’emprisonnées dans une cellule dorée, le sentiment de ces femmes d’être piégées que l’ambiance oppressante rendue par la réalisatrice, Isabelle Czajka, et les dialogues parfois cinglants retranscrivent, ce sentiment doit certainement être universel à toute mère au foyer. Du moins, j’ai eu l’impression d’être moins seule en regardant ce film, même si le constat qu’il dresse est déprimant et qu’il n’y a aucune solution proposée. Il reste dans la bouche, après le visionnage de ce film, comme un goût amer de découragement.

Même si je me suis un peu retrouvée dans la psychologie des personnages, mon quotidien, en revanche, comme celui de milliers de mères au foyer qui n’ont pas les moyens de se payer une femme de ménage, ne ressemble pas au leur. La seule chose que l’on ait en commun dans ce quotidien, c’est la déambulation hébétée au centre commercial. Aaah, ce lieu de civilisation qui était mon unique bulle d’air pendant mon congé parental !

Ce film est adapté d’un livre anglais de Rachel Cusk, Arlington Park. Si bien que Emmanuelle Devos et ses voisines ont été comparées par les critiques à des héroïnes de Virginia Woolf.

Pour moi, la vie domestique n’est pas romanesque, je ne suis pas un personnage de Virginia Woolf. Pour moi, la vie domestique, ça a été troquer une activité intellectuelle, écrire des articles, réfléchir à des stratégies de communication, lire la presse, pour une activité physique, aspirateur, repassage, vaisselle, ménage, machines à laver à remplir et à vider, linge à étendre puis à plier…

Pour moi, la vie domestique, c’est ne pas avoir pu passer l’aspirateur pendant un an (et ce que cela implique pour le bien-être familial) parce que soit le bébé dormait et le bruit risquait de le réveiller, soit le bébé était réveillé et le bruit l’effrayait.

Pour moi, la vie domestique, c’est être encore en pyjama, pas lavée, à 13h30 un mardi.

Pendant une très brève période, j’ai pu me laver pendant la sieste. Ça a peut-être duré deux mois.

Pour ma défense, il faut déjà savoir que mon mari travaille en horaires décalés et est parti depuis longtemps lorsque je me réveille. Je ne peux donc lui confier le bébé pendant une potentielle douche. Les trois premiers mois après la naissance de notre fille, nous étions en studio avec un chat (celui-là même qui est cité tout en haut de cette page, donc). Je ne pouvais pas laisser le berceau sans surveillance de crainte que le chat ait la merveilleuse idée de se lover contre mon bébé… Ensuite, lorsque nous avons pu déménager et offrir à notre bébé une chambre – cet espace sécurisé loin de tout pelage asphyxiant -, les siestes, bien que nombreuses, ne duraient plus que 45 minutes environ : juste le temps pour mon cerveau embrumé de me dire « tiens, il faudrait se laver », et puis, il y avait les biberons à stériliser (oui, je suis de ces mères qui stérilisent et qui stérilisent jusqu’après 1 an…), les légumes à éplucher et à faire cuire pour la purée de midi, les bodies souillés à détacher, etc. Les 45 minutes filaient curieusement en 2 secondes.

Ensuite, Bébé est passé à 2 siestes par jour, une grosse le matin et une grosse l’après-midi. Temps béni ! Les deux mois les plus cool de ma vie de mère ! J’avais le temps de me laver, préparer les purées et ranger la maison le matin, et me consacrer à ma recherche d’emploi et même me reposer un peu pendant la sieste de l’après-midi. Et puis, son sommeil est devenu plus léger ; la salle de bain étant mitoyenne de la chambre du bébé, le bruit de l’eau a fini par la réveiller. Je n’ai plus pu me laver pendant les siestes, ni le soir après l’avoir couchée. De la même façon, notre chambre est mitoyenne de la sienne : j’ai bien essayé un temps de mettre mon réveil afin de me préparer avant qu’elle-même ne claironne, mais mon réveil la réveillait !

Il y a eu une autre période de quelques semaines, avant l’acquisition de la marche, où j’ai pu me doucher en mettant le bébé dans le transat dans la salle de bain. Et puis, elle a voulu gigoter et le stress de l’entendre, derrière le rideau de douche, se débattre avec son harnais pour se faire la malle a eu raison de toutes considérations d’hygiène. Pendant un temps aussi, elle a accepté de rester attachée dans son transat devant Peppa Pig (oui, je suis de ces mères qui ne respectent pas la règle des 3-6-9, bouhhh, mauvaise mère!) et je pouvais alors me doucher rapidement tout en jetant un œil au visiophone que j’avais braqué sur elle.

Et puis nous avons eu une place en crèche ! Une crèche, d’entreprise, dans Paris, ce qui me demande 2h30 à 3h de trajets par jour (un bus + un tramway, le tout en poussette), mais une crèche quand même. Si bien que je peux me laver de nouveau, caresser l’espoir d’être à jour dans le ménage/repassage/vaisselle et entreprendre une recherche de boulot plus efficace.

Et nous, ragaillardis par cette embellie, nous n’avons rien trouvé de mieux que de mettre le 2e bébé en route! Alors, c’est reparti pour une année ou deux d’hygiène corporelle douteuse? Ou je vais réussir à trouver une autre organisation pour le 2e?

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« La Vie domestique », sorti le 2 octobre 2013, réalisé par Isabelle Czajka, avec Emmanuelle Devos (Juliette), Julie Ferrier (Betty), Natacha Régnier (Marianne) et Helena Noguerra (Inès).

 

2 réflexions au sujet de « 13h30, mardi, toujours en pyjama »

  1. Félicitations !!
    Tu es une femme très douée! Tu y arriveras (plus facile à dire quand on a pas d’enfants ^^).
    Un grand bravo pour ce blog merveilleusement bien écrit ! :)

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