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Profession : mère au foyer?

Si vous avez lu l’édito, vous savez que je me suis mariée il y a quelques mois avec le père de ma fille, l’homme de ma vie, mon Homme des Cavernes depuis plus de 10 ans. J’ai passé 9 mois – tiens, le temps d’un 2e bébé… – à préparer cette fête qu’on voulait, bien sûr, exceptionnelle. Pendant toute la durée des préparatifs, j’étais obnubilée par un moment particulier : celui où le maire énoncerait mon nom, suivi de la mention de ma profession. Or, sortant d’un congé parental et à la recherche d’un emploi, je trouvais difficile de me définir dans ces conditions. Je me demandais ce qu’il pourrait bien dire : sans emploi ? mère au foyer ? Aucun de ces qualificatifs ne me convenait ; cela me déprimait d’avoir à me déterminer ainsi… RP ? Ce n’était plus vraiment mon métier. Je ne me sentais ni RP, ni mère au foyer. Sans emploi, assurément (mais pas sans activité).

J’avais profité de ma grossesse pour suivre une formation afin de me réorienter vers la communication web.  Est-ce que je pouvais donner l’intitulé du poste que je convoite dans mon actuelle recherche d’emploi : « chef de projet print et web » ? N’exerçant pas encore ce métier, je ne me sentais pas légitime pour m’approprier cette qualification. Cette question me stressait à la fois par rapport à l’opinion des convives et par rapport à l’image de moi-même : à tort ou à raison, dans ma situation, mère au foyer, au chômage, je me sentais inutile à la société, avec pesant sur moi le regard culpabilisant des proches, notamment. En fait, devenir maman m’a curieusement plongée dans une crise d’identité. Je me sens pleinement maman et épanouie dans ce rôle, à ma place, disons. Mais je ne me définirais pas comme étant « seulement » une maman… Attention ! On ne s’arrête pas d’être maman quand on va au bureau et  je ne dis pas non plus qu’on se la coule douce quand on est mère au foyer. Je suis maintenant bien placée pour savoir que non ! Ma mère a passé sa vie à s’occuper de nous. Je trouve ça admirable. Mais avant de devenir moi-même maman, je ne m’imaginais pas rester à la maison. Je pensais pouvoir cumuler sereinement un job et une activité de maman…

Finalement, j’ai opté pour l’intitulé de « chef de projet print et web ». Après tout, j’ai organisé le mariage toute seule, comme un véritable événement professionnel (oui, on avait vu les choses en grand…) et j’ai tout créé de mes petites mains : site internet, tous les produits print (faire-part, déco, cartes de placement, livrets de messe, programmes, badges, cartes de remerciements). J’étais une petite entreprise de communication événementielle à moi toute seule. D’une certaine manière, on pouvait considérer que je n’avais pas volé cet intitulé… Et le jour J, monsieur le maire commence : « Nous sommes ici réunis pour procéder au mariage de mademoiselle ‘Bientôt Mariée, Un Chat, Un Enfant’, chef de projet, et de monsieur ‘Homme des Cavernes’… »

Chef de projet, tout court ! Après tout, c’était bien trouvé : une mère au foyer, est-ce que ce n’est pas un peu le chef de projet par excellence ? Qui organise la vie de la maison au quotidien, les vacances, les fêtes de famille, gère le planning de la semaine avec les courses, le ménage, le repassage, les allers-retours de la crèche/l’école, les activités extra-scolaires, jongle avec les rendez-vous chez le pédiatre, avec l’instit, les démarches administratives…

Depuis que je n’ai plus le mariage à organiser, mon quotidien ressemble vraiment à celui de ma mère quand nous étions enfants. À part la recherche de boulot, activité très chronophage s’il en est, et les projets perso, je fais les courses, le ménage, la cuisine et je m’occupe de Bébé. Je ne sais pas si elle était complètement épanouie de cette situation, mais je suis sûre que nous n’aurions pas eu cette belle enfance si elle n’avait pas été aussi présente auprès de nous. En ce qui me concerne, je n’ai aucun goût ni talent pour les tâches ménagères et je ne suis pas du genre maniaque. J’aime bien faire la cuisine mais pas éplucher les légumes… Bref, je ne suis pas vraiment faite pour rester à la maison. Pour autant, je suis ravie de pouvoir passer tout ce temps avec ma fille. J’aime cette relation que nous construisons au jour le jour ; nous avons un temps de qualité pour apprendre à nous connaître, pour que je l’accompagne dans son développement, pour que je l’aide à grandir. J’ai bien conscience de ce que j’aurais raté de sa petite enfance si j’avais eu des horaires de bureau. Mais mon travail me manque. J’aimais travailler. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu travailler (à 9 ans, je me voyais déjà archéologue). Je ne parviens pas à me définir comme une mère au foyer.

Et pourtant.

Cette année, ma sœur se marie et je suis un de ses témoins. Constituant le dossier de la mairie, elle m’a demandé récemment ce que je voulais indiquer comme profession. J’ai dit spontanément « mère au foyer ». C’est bizarre. Un peu comme si je le revendiquais, comme un cri provocateur. Je ne peux pas dire que j’en suis fière (même si je pense que toutes les mères au foyer peuvent l’être). Je ne me sens pas « mère au foyer » (et je suis loin d’exceller dans cette tâche). Peut-être parce que je ne l’ai pas vraiment choisie. Je me suis retrouvée, de fait, mère au foyer. Mais c’est bien ce que je suis aujourd’hui. Ça prend un temps fou, ça demande une énergie incroyable et un entrain en toutes circonstances : ce n’est pas un truc qu’on peut faire accessoirement. Il faut endosser ce rôle pleinement. Par exemple, il faut savoir supporter de ne pas avoir de conversation avec des humains de plus de – insérez ici l’âge de votre progéniture – pendant au moins 12 heures d’affilée ; quand Bébé vous a tenue réveillée de 2 à 5 heures du mat’ à cause d’un feu de dent, de coliques ou d’un cauchemar, il faut savoir être au taquet comme un g.o. du Club Med dès 7 heures pour jouer avec Bébé, tout en lançant la première machine de la journée ; ou encore savoir se sentir galvanisée quand, dans ta journée, tu as réussi à enchaîner une machine de clair et une machine de noir, à les étendre, ET être venue à bout du panier de repassage.

Pour l’instant, disons que je suis « maman à plein temps, entre deux emplois ». Je ne sais pas comment je ferai pour tout gérer quand je retravaillerai (car j’espère bien que ça arrivera). Je suppose qu’il faudra faire un arbitrage, quelques sacrifices. S’il s’agit de supprimer le ménage de mes activités hebdomadaires parce qu’on aura les moyens d’embaucher une femme de ménage, moi, ça me va! En revanche, si ça veut dire ne pas voir ma fille de la semaine parce qu’elle sera déjà couchée quand je rentrerai du bureau, ça me plaira beaucoup moins.

Comment faites-vous, vous, working mums ? Vous êtes satisfaites des choix/sacrifices que vous avez dû faire ? Et vous les full time moms, vous avez trouvé un équilibre, vous ne le vivez pas comme un renoncement d’autre chose ?

3 réflexions au sujet de « Profession : mère au foyer? »

  1. Hello !
    Peut-être que mon commentaire sera redondant avec celui laissé sur le post précédent, mais je vais essayer de répondre à la question précisément.
    J’espère pour toi que tu retrouveras du travail mais est-ce qu’une activité salariée veut forcément dire rentrer à 20h tous les soirs ? Après je sais qu’on prend ce qu’on trouve, mais peut-être trouveras-tu près de chez toi, ou peut-être pourras-tu finir tous les jours à 18h et même peut-être à 17h le vendredi. De fait, tu verras ton enfant le soir (peu, certes, mais il (elle?) ne sera pas couché quand tu rentreras !
    Quant aux activités ménagères : on accepte un peu plus de poussière pour aller se promener avec bébé, passer du temps en famille etc.
    Depuis peu, j’ai décidé de faire le ménage quand ça me prend. Je peux me mettre à laver la salle de bains un soir de semaine à 21h ! (l’aspirateur est passé régulièrement).
    Après j’ai une chance et un inconvénient : je travaille le samedi (mon mari aussi d’ailleurs). Compliqué pour la vie de famille mais plus simple pour passer les dimanches sans faire le ménage ou les courses, qui du coup sont fait en semaine quand notre fille est à l’école et que nous ne travaillons pas (pas forcément le même jour, pas simple non plus pour la vie de couple !)
    En bref, faire moins de ménage (et quasiment pas de repassage, je repasse seulement ce que je veux mettre le matin où je veux le mettre si c’est vraiment trop fripé !) (mon mari repasse ses affaires tout seul !) voilà mon sacrifice. Ce n’est pas bien dur comme sacrifice, tu en conviendras, même quand on aime vivre dans un endroit propre ;-)
    Bon courage !

    1. Merci Emeraude pour ta participation et ton intérêt! En ce qui me concerne, dans mon secteur et habitant en banlieue, je rentrerai forcément tard à la maison quand je travaillerai… mais la réflexion doit peut-être se porter sur le type d’activité que je mettrais en place… peut-être pas salariée, pas à temps complet, ou carrément changer de secteur… bref, les pistes sont multiples, il suffit d’identifier les priorités. C’est tout l’objet de ces questionnements, ici-même ! Mais je suis d’accord que la priorité ne sera pas forcément le ménage :) Bonne idée de ne pas s’astreindre à un planning de ménage fixe et contraignant mais de s’y mettre quand y’a un créneau, une certaine motivation. Je note que tu n’es pas loin d’avoir le mari parfait (qui cuisine et repasse)! ;)
      Merci de me suivre en tous cas ! L’article d’aujourd’hui avec le témoignage de ma copine Juju t’intéressera peut-être… A bientôt!

  2. L’article avec ta copine m’a effectivement intéressé ! Je pense juste avoir mis un commentaire sur facebook.
    Et sinon oui, niveau tâches ménagères, je n’ai rien à redire sur les capacités de mon mari (qui passe l’aspirateur et lave le sol)…
    Après, comme tout le monde, il a ses défauts. Mais pour ça, je ne peux rien lui reprocher et c’est clair que ça change la vie !
    Moi aussi j’habite en banlieue, et travail en banlieue. J’ai beau finir tôt, je ne rentre pas tôt pour les raisons que tu as évoqué… mais comme toi je me suis retrouvée au chômage et heureusement j’ai retrouvé relativement rapidement, mais je n’ai pas trop tergiversé sur le temps de trajet… Bon par contre avec bébé numéro 2 en route, la question va très vite revenir sur le tapis…
    Merci pour ce blog en tout cas, j’aime beaucoup :-)

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